Skip to content

Conseils diététiques pour les petits déjeuners de l’enfant

Type de patient : Enfant

Il existe depuis quelques années en France une mode qui consiste à prendre des petits déjeuners salés, notamment des œufs, et les parents me questionnent de plus en plus sur ce sujet.

Les recommandations officielles dans le carnet de santé et sur Mpedia limitent les apports journaliers en protéines chez les nourrissons, mais qu’en est-il des enfants de plus de 3 ans sans antécédent de néphropathie ?

Existe-t-il un risque à consommer un oeuf tous les matins + les apports en protéines habituels de la cantine le midi + les apports protéinés fréquents le soir ?

La réponse CrossDoc

Votre question est importante car beaucoup d’idées reçues circulent sur les protéines.

Il est tout à fait juste que l’ESPGHAN (Société européenne d’hépatologie, gastroentérologie et nutrition pédiatriques) recommande de limiter les apports en protéines dans la première année de vie en arguant du risque potentiel d’obésité (aucun risque rénal n’est évoqué). En revanche, aucune société savante française (SFP, GFHGNP) ne reprend clairement cette recommandation.

Personnellement, je pense que ce lien statistique entre apports protéiques dans la première année de vie et risque d’obésité ultérieur est erroné. Tout d’abord parce que l’étude sur laquelle se base cette recommandation est très biaisée (publication en référence, AJCN 14). Avant tout parce qu’il y a plus de 50 % de perdus de vue dans cette étude prospective, mais aussi parce que les concentrations protéiques des laits infantiles utilisées sont très au-dessus des valeurs actuelles, et que les différences entre les 2 groupes sont à la limite de la significativité. D’ailleurs, une étude française dont la méthodologie est bien meilleure, avec très peu de perdus de vue, ne montre aucun effet de l’apport en protéines dans les premiers mois de vie sur le risque de surcharge pondérale ultérieure, et montre même une croissance du périmètre crânien significativement diminuée dans le groupe d’enfants ayant reçu les apports protéiques les plus bas (publication en référence, BMJ 16).

Cette dernière étude interroge même sur les risques de réduire intempestivement le contenu protéique des laits 1er âge. En effet, les besoins en protéines sont de 10 g/j au cours des 6 premiers mois de vie. Avec un lait 1er âge contenant seulement 1,2 g/100 ml de protéines (valeur minimale des laits 1er âge du marché français), les besoins seront couverts seulement lorsque l’enfant sera en mesure d’ingérer 830 ml/j de lait, c’est-à-dire vers l’âge de 3 mois. Alors que pour une concentration de 1,5 g/100 ml (valeur maximale des laits 1er âge du marché français), les apports recommandés en protéines sont assurés dès que le nourrisson boit 670 ml/j. Il faudrait donc paradoxalement plutôt privilégier les laits 1er âge contenant le plus de protéines pour éviter d’éventuelles carences.

Après cette mise au point importante, abordons votre question qui concerne les enfants de plus de 3 ans. Il n’existe aucune recommandation officielle concernant les apports en protéines maximums. Par ailleurs, aucune étude ne montre un effet délétère éventuel d’un excès d’apports protéiques chez l’enfant et l’adolescent (si tant est qu’on puisse le définir), en dehors de ceux porteurs d’une pathologie rénale. Il n’y a donc aucune raison de limiter les apports protéiques à ces âges.

Il est en revanche important d’assurer un régime équilibré pour éviter les carences. Je me permets de rappeler que les aliments riches en protéines sont les produits laitiers, les produits carnés, les poissons et les œufs. La Société Française de Pédiatrie recommande 2 produits carnés par jour pour assurer les apports en fer (publication en référence, Arch Pédiatr 17) et 3-4 produits laitiers par jour pour les apports en calcium (publication en référence, Arch Pédiatr 22). Il est également recommandé d’ingérer 1 à 2 portions de poisson, dont un gras, par semaine pour les apports en acide docosahexaénoïque (DHA). On notera que les œufs, qui contiennent peu ou pas de fer, calcium et DHA ne peuvent pas remplacer les groupes d’aliments mentionnés. On rappellera également qu’aucun enfant ne souffre de carence en protéines dans notre pays, y compris les végétaliens (publication en référence, Arch Pédiatr 19).

En conclusion, pour répondre à votre question, les enfants peuvent tout à fait manger un œuf le matin, mais il serait préférable qu’ils y associent, ou le remplacent, par un bol de lait afin d’assurer les 3-4 produits laitiers quotidiens recommandés (publication en référence, Arch Pédiatr 22). Quel que soit le contenu du petit déjeuner, il reste impératif de respecter les recommandations de la SFP en matière d’apports en fer, calcium et DHA au cours des repas du reste de la journée, et ceci même si cela augmente significativement les apports protéiques journaliers. Seuls les enfants ayant une pathologie rénale devront limiter leurs apports protéiques à l’aide d’un diététicien qui s’assurera que le régime alimentaire demeure équilibré.

Grade de preuve (EBM) : A

Niveau de recommandation : Fort

Pour le niveau de preuve et gradation des recommandations de bonne pratique Consulter les
recommandations de la H.A.S.