Éviction/réintroduction en cas de rectorragies
Type de patient : Nourrisson
J’ai vu un nourrisson de 5 mois qui a eu des rectorragies qui ont amené la maman à consulter aux urgences. L’état général était très bon. Il a eu un microlax qui n’a ramené que du sang. Une échographie abdominale a été faite et était normale (pas d’invagination).
C’est un enfant qui était au sein exclusif avec introduction du lait 1er âge vers 4 mois. Il était en allaitement mixte avec 2 biberons par jour.
Les rectorragies sont donc survenues 1 mois après l’introduction du lait artificiel.
Il y a eu une suspicion d’APLV et du lait de riz a été prescrit. Il n’y a pas eu de récidive des rectorragies mais madame trouvait qu’il était constipé avec le lait de riz, elle a pris un hydrolysat poussé (Allernova) mais trouvait le transit toujours ralenti, la pharmacie lui a prescrit de la glycérine et il a évacué un bouchon de selles. La diversification se passe bien par ailleurs.
Il a une grande soeur de 3 ans avec ATCD d’APLV sévère IgE médiée (a fait malaise avec PC à 2 mois lors de l’introduction du lait 1er âge). La réintroduction a été faite en HDJ à 10 mois et s’est bien passée.
Pour ce petit garçon, malgré le fait qu’il ait plus de 4 mois au moment où les rectorragies sont arrivées, peut-on parler de proctocolite hémorragique ?
Doit-on faire dans ce contexte un test d’éviction/réintroduction pour poser le diagnostic d’APLV ? Ou vu les ATCD familiaux, les rectorragies, on part du principe que c’est une proctocolite hémorragique et on fait une éviction d’emblée, puis on essaie une réintroduction progressive dans un mois après dosage des IgE spécifiques ?
Par rapport au transit, je lui ai dit d’éviter tout suppo ou lavement, et qu’on ré-évaluerait. Si on constatait une vraie constipation malgré les conseils hygiéno-diététiques, on partirait sur un traitement laxatif per os mais y a-t-il un lien avec l’hydrolysat ?
La réponse CrossDoc
La suspicion d’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) était tout à fait légitime chez ce nourrisson. On peut effectivement parler de proctocolite allergique s’il n’y avait aucun autre signe associé, malgré son âge.
Comme toutes les formes non IgE médiées d’APLV (à l’exception des syndromes d’entérocolite induite par les protéines alimentaires), le diagnostic doit être confirmé par une épreuve de réintroduction des PLV 2 à 4 semaines plus tard. Donc, oui, il faut faire une épreuve de réintroduction. Celle-ci peut être réalisée au domicile, si les IgE spécifiques sont négatives. Si le diagnostic d’APLV est confirmé, une nouvelle réintroduction pourra être tentée dans 3 mois pour voir si la tolérance est acquise, toujours après un dosage des IgE spécifiques.
Enfin, les hydrolysats peuvent modifier le transit. La constipation doit être considérée comme pathologique uniquement si elle s’accompagne d’autres signes (pleurs, selles dures et difficiles à émettre, ballonnement, fissure anale). Dans les autres cas, aucun traitement n’est nécessaire.

Grade de preuve (EBM) : A
Niveau de recommandation : Fort
Références :
Pour le niveau de preuve et gradation des recommandations de bonne pratique, consulter les recommandations de la H.A.S.